SBS
Styrène-butadiène-styrène · élastomère
Rend la membrane élastique. Elle reste souple par grand froid et encaisse les mouvements du bâtiment. Généralement posée en deux couches.
Coupe longitudinale · 40 000 ans
De la peau de bête tendue sur une hutte à la membrane bitume-polymère qui se recycle. Huit couches d'histoire, et une membrane belge qui a déplacé la norme.
Déroulez 2026
−40 000
Le premier toit n'est pas un toit : c'est une peau de mammouth tendue sur une hutte, en Sibérie. Viennent ensuite le bois, l'écorce, la paille, le chaume, calfeutrés au plâtre ou à l'argile.
Le principe tient en un mot : la pente. On n'arrête pas l'eau, on la fait glisser avant qu'elle ait le temps d'entrer. Toute l'histoire qui suit est celle du renoncement progressif à cette béquille.
−3 000 → 1800
La tuile et l'ardoise fendue apportent ce qui manquait : la durée. En Mésopotamie, on emploie déjà le bitume naturel — remonté seul à la surface — comme mastic pour étancher bassins, coques et terrasses.
Autrement dit, le matériau qui couvre aujourd'hui la majorité des toits plats européens était là dès le départ. Il lui manquait deux mille ans de chimie.
1840 → 1900
La révolution industrielle donne le « roofing » : un carton de fibres imprégné de goudron de houille, cloué en lés et enduit à chaud. C'est bon marché, ça se pose vite, et pour la première fois un toit peut être plat.
C'est aussi fragile. Le goudron durcit, craquelle au gel, ramollit au soleil. On rapièce tous les trois ou quatre ans. Le mot « roofing » reste, en Belgique, le nom courant de l'étanchéité — un fossile de vocabulaire.
1900 → 1960
Faute de mieux, on empile. Deux, trois, parfois cinq lits de feutre bitumé collés les uns aux autres au bitume oxydé fondu sur place, dans une marmite, au milieu du chantier. L'armature en carton cède la place au voile de verre, plus stable dimensionnellement.
Le résultat est solide mais lourd, lent, brûlant, et sa qualité dépend entièrement de la main qui l'étale. Le bitume oxydé, lui, vieillit mal : il durcit, perd sa souplesse et finit par fissurer là où la structure travaille.
1960 → 1970
L'idée qui change tout : au lieu de durcir le bitume par oxydation, on le mélange à des polymères. Deux familles s'imposent, et elles ne visent pas le même climat.
Styrène-butadiène-styrène · élastomère
Rend la membrane élastique. Elle reste souple par grand froid et encaisse les mouvements du bâtiment. Généralement posée en deux couches.
Polypropylène atactique · plastomère
Rend la membrane plastique et thermostable. Meilleure tenue à la chaleur et aux UV, ce qui autorise une pose en une seule couche.
Surtout, la membrane quitte le chantier pour l'usine. Elle arrive en rouleau, d'épaisseur calibrée, déjà armée, prête à souder. Le métier de couvreur change de nature : on ne fabrique plus l'étanchéité sur le toit, on la pose.
1973
Imperbel est une affaire familiale de Lot, en Brabant flamand, fondée en 1932 par Francis Blake et Agnan de Goussencourt pour produire des pâtes d'imperméabilisation. En 1973, elle introduit une membrane conçue selon une technologie venue d'Italie et la baptise Derbigum.
Le pari tient en trois points : du bitume APP autoprotégé dans la masse contre les UV, donc sans paillettes obligatoires ; deux armatures distinctes — un voile de verre et un non-tissé de polyester — imprégnées séparément dans le même mélange, l'une pour la traction, l'autre pour le poinçonnement ; et une seule couche là où le multicouche en demandait cinq.
En 1978, l'usine de Perwez, en Brabant wallon, industrialise la production. Elle y est toujours.
1990 → 2022
La deuxième rupture n'est pas chimique, elle est circulaire. En 1990, Derbigum réinjecte ses propres résidus de production dans de nouvelles membranes : le premier procédé industriel du genre dans le secteur.
2009, la gamme NT intègre du bitume recyclé en couche haute et basse. 2010, les chutes de pose et les vieilles toitures déposées reviennent à l'usine. 2013, un rapport de PwC certifie le contenu recyclé. 2019, une troisième unité porte la capacité à 5 000 tonnes par an. Plus de 30 000 tonnes de bitume ont été recyclées à Perwez depuis 1990.
En 2022, deux nouvelles la même année : la certification Cradle to Cradle Bronze pour Derbigum NT, et la vente de l'entreprise familiale au groupe irlandais Kingspan. La marque, l'équipe et le site restent.
2025 →
En 2025 arrive Novitumen® : une matière première bitumineuse produite sans bitume vierge. Cinq millions d'euros doivent étendre Perwez pour en produire davantage.
Le déplacement est net. Le toit cesse d'être un consommable pétrolier posé puis jeté ; il devient un stock de matière, immobilisé cinquante ans sur un bâtiment, refondu ensuite. Ce n'est pas encore la norme du secteur — c'est la direction que prend la norme.
Un toit plat contemporain n'est pas une membrane : c'est un empilement où chaque couche fait un seul travail. De bas en haut.
Touchez une couche
Ordres de grandeur de durée de vie avant réfection complète. Les chiffres anciens sont indicatifs ; le dernier est une durée annoncée par le fabricant et vérifiée par le BBA britannique.