Liège 4000 Publémont 50°38′18″ N — 5°33′30″ E

Rue
Wazon

Cinq cent quatre-vingts mètres de montée entre la rue Saint-Gilles et l'ancienne abbaye Saint-Laurent. Une voie ouverte en 1869 sur le flanc du Publémont, bordée d'environ 120 immeubles, et qui porte le nom d'un prince-évêque mort huit siècles plus tôt.

Profil en long de la rue Wazon La rue s'élève régulièrement du carrefour de la rue Saint-Gilles, en bas, jusqu'au carrefour de la rue Saint-Laurent, en haut, en croisant les rues Reynier, Chevaufosse et Monulphe. SCHÉMA INDICATIF — NON À L'ÉCHELLE ↑ CÔTÉ IMPAIR · ↓ CÔTÉ PAIR UN TRAIT PAR IMMEUBLE A602 EN CONTREBAS ANCIENNE ABBAYE SAINT-LAURENT Saint-Gilles Reynier Chevaufosse Monulphe Saint-Laurent 580 m
Profil de la rue, du carrefour Saint-Gilles au carrefour Saint-Laurent. Les traits fins figurent les immeubles : une soixantaine du côté impair, une soixantaine du côté pair. Position des rues transversales donnée à titre indicatif.
1869Création de la voirie
580 mDu bas au sommet
≈ 120Immeubles bordant la rue
1042–48Épiscopat de Wazon

1869 · Le pied de la rue

Une rue dessinée avant d'être habitée

La rue Wazon n'est pas un vieux chemin élargi. Elle est créée en 1869, au moment où Liège déborde de ses anciennes limites et s'attaque aux pentes de l'ouest. Là où on la trace, il n'y a alors que le flanc du Publémont : des jardins, des vignes et des enclos qui dépendaient depuis des siècles de l'abbaye Saint-Laurent, tout en haut.

Son tracé est celui d'une rue de projet, décidée sur plan : elle part d'un carrefour bas — aujourd'hui réglé par des feux, où se croisent les rues Wazon, Saint-Gilles et Defrance — et rejoint la rue Saint-Laurent 580 mètres plus haut, à hauteur de la rue Patenier. Entre les deux, elle grimpe sans détour, en croisant les rues Reynier, Chevaufosse et Monulphe.

Le décor du bas a changé un siècle plus tard. À la fin des années 1960, le chantier de l'autoroute A602 atteint le quartier Saint-Laurent ; le tronçon vers Avroy-Laveu suit dans les années 1970, au prix d'expropriations et de démolitions importantes dans les rues voisines. Depuis, la rue Wazon commence en contrebas de la tranchée autoroutière, dont elle s'écarte dès les premiers mètres pour retrouver la colline.

La rue est administrativement rattachée au Centre, mais elle vit à la charnière de deux quartiers : Saint-Gilles en bas, Saint-Laurent en haut. Les deux appellations circulent, y compris dans les sources officielles.

1889–1926 · Les façades

Ce que l'on voit en montant

Une rue neuve à la fin du XIXe siècle, dans un quartier en formation : c'est exactement le terrain de l'éclectisme, puis de l'Art nouveau liégeois. L'Inventaire du patrimoine culturel immobilier de la Wallonie retient d'ailleurs la rue comme un ensemble — les nos 11 à 55 impairs et 22 à 90 pairs — bordé de maisons de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

7 & 9
Maisons jumelles d'Art nouveau géométrique, datées de 1912, élevées sur les plans de P. Janss.
38 & 42
Deux maisons signées Paul Jaspar (1859–1945). Le no 38 porte la date de 1889 : six ans avant la maison Bénard, l'œuvre qui fera de lui l'introducteur de l'Art nouveau à Liège. Ici, on est encore dans l'éclectisme de ses débuts.
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La curiosité de la rue : une façade enduite de 1926, de composition néoclassique, teintée d'influence égyptienne — en pleine vague d'égyptomanie d'après-guerre.
43 · 45 · 47
Trois maisons Art nouveau, placées dans l'axe de la rue Soubre. Le no 47 est signé P. Janss et daté de 1914 : une des dernières façades du genre avant que la guerre n'arrête tout.
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Art nouveau également, côté pair.
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Hôtel de maître, maison natale d'Isi Collin, poète et journaliste. Chroniqueur au Journal de Liège, à La Nation belge et au Soir, où il signait Compère Guilleri ; refusé comme volontaire de guerre en 1914 pour raisons de santé, il partit tourner des obus dans une usine anglaise. Il meurt à Uccle en 1931. Sa date de naissance varie selon les sources : 1873 pour la notice de la rue, le 25 novembre 1878 pour sa notice biographique et le Dictionnaire des Wallons.
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Quatre maisons de l'architecte Joseph Crahay, vers 1902–1904, qui prolongent l'ensemble homogène formé par la rue Soubre.

968–1809 · Le sommet

Ce qui attendait en haut

Si la rue s'arrête là, c'est que quelque chose l'y attendait depuis neuf siècles. Le Publémont — publicus mons, la montagne publique — est l'une des collines de l'ouest de Liège. Vers 968, l'évêque Éracle y lance la construction d'une église dédiée à saint Laurent, en référence à une victoire de l'empereur Otton remportée le jour de la fête du martyr. L'édifice n'est achevé que bien plus tard : le prince-évêque Réginard y installe une trentaine de bénédictins venus de Saint-Vanne de Verdun en 1026, et le monastère est consacré en 1034.

L'abbaye adopte les coutumes de Cluny et devient l'un des grands foyers intellectuels de la principauté : des moines mathématiciens, musiciens, hagiographes, poètes, et une bibliothèque qu'enrichira au XVe siècle le copiste Jean de Stavelot. Charles le Téméraire y logera pendant le sac de Liège en 1468.

La Révolution liégeoise et l'annexion française mettent fin à tout cela. Les portes du couvent abandonné sont forcées en 1792 pour y installer un hôpital militaire, le monastère est officiellement fermé en juillet 1794, et l'église abbatiale est rasée en 1809. Les bâtiments ont survécu précisément parce qu'ils étaient devenus militaires : ils le sont restés jusqu'à aujourd'hui.

Le vivier, les vignes et les murs

Derrière l'aile dite « du Vivier », du côté des actuelles rue Wazon et place Saint-Laurent, s'étendait une pièce d'eau : la réserve de poissons frais des moines. Les vignes et les jardins de l'abbaye descendaient la colline, enclos de murs en grès houiller et en calcaire dont il subsiste des tronçons ; un pavillon, ancien vide-bouteille, se dresse encore vers la rue Monulphe.

Autrement dit : quand on ouvre la rue en 1869, on la taille dans le potager de l'abbaye. Et ce sont encore des murs de soutènement qui tiennent aujourd'hui les terres de part et d'autre de la montée.

Certaines sources datent la démolition de l'église abbatiale de 1804 plutôt que 1809.


v. 980 – 1048 · Le nom

L'homme du panneau bleu

Wazon n'a jamais vu la rue : il est mort huit siècles avant qu'elle existe. Né vers 980, formé aux écoles liégeoises, enseignant et théologien réputé, il est prince-évêque de Liège de 1042 à 1048. Sa vie nous est connue par le récit d'Anselme de Liège.

En 1046, il consacre la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles en présence de l'empereur Henri III ; loyal à l'Empire jusqu'à la formule provocante, il reste surtout dans les mémoires pour avoir protégé les juifs de son diocèse et plaidé contre la mise à mort des hérétiques — une position rare au XIe siècle. Il est enterré dans la cathédrale Notre-Dame-et-Saint-Lambert, détruite depuis.

« Le monde périra avant que renaisse un autre Wazon. »

Inscription que portait, dit-on, sa pierre tombale.

2019–2025 · La rue aujourd'hui

Une pente, et tout le monde la veut

580 mètres de montée en pleine ville, cela se discute — et cela se discute beaucoup. La rue est devenue un dossier de mobilité à elle seule, entre les riverains, les cyclistes, les bus et le trafic qui cherche à quitter le centre.

  • 2019

    La rue passe à sens unique et devient une voirie partagée avec les cyclistes et les trottinettes.

  • 2022

    La Ville opte pour le sens montant, y voyant une voie de sortie du centre-ville, d'autant plus utile pendant le chantier du tram. Le GRACQ plaide pour le sens descendant et conteste l'idée de faire transiter les voitures par des quartiers résidentiels.

  • Novembre 2024

    Les riverains constatent que le sens unique reste largement ignoré et réclament un plan de circulation pour l'ensemble du quartier.

  • Janvier 2025

    Un mur de soutènement s'effondre partiellement entre les rues Reynier et Chevaufosse. La rue est fermée par le bas, le temps du déblaiement. Sur un versant, une rue tient par ses murs.

Le reste est plus tranquille. En haut, à hauteur du no 128, à l'angle des rues Monulphe et Saint-Laurent, le jardin Wiket abrite une borne à boire. Et beaucoup des maisons bourgeoises de 1900 sont aujourd'hui découpées en appartements et en kots : HEC Liège est à quelques centaines de mètres, en haut de la côte.

Sources

D'où vient tout ceci

Cette page compile des sources publiques ; les liens mènent aux originaux, plus complets et souvent illustrés.