Avant les plantes : la photosynthèse et les algues
Précambrien (Hadéen, Archéen, Protérozoïque) — de 4,6 Ga à 538,8 Ma
L'histoire des plantes commence bien avant les plantes. Le mécanisme qui les définit, la photosynthèse oxygénique — celle qui oxyde l'eau et libère du dioxygène —, est une invention bactérienne : elle n'apparaît qu'une seule fois dans l'histoire du vivant, chez l'ancêtre des cyanobactéries. Tous les organismes photosynthétiques eucaryotes, algues rouges, algues vertes et plantes terrestres, l'ont acquise par endosymbioseIntégration durable d'une cellule dans une autre ; l'endosymbiose primaire a produit le plaste., jamais réinventée.
Sa date d'apparition reste discutée. La preuve la plus solide est indirecte : vers 2,4–2,3 Ga, la composition isotopique du soufre des sédiments change brutalement (disparition du fractionnement indépendant de la masse), signature d'une atmosphère devenue durablement oxygénée. C'est la Grande Oxydation. Des indices plus anciens — stromatolites de ~3,5 Ga, « oasis d'oxygène » de ~3,0–2,7 Ga déduites du comportement de métaux sensibles à l'oxydation — suggèrent que la photosynthèse oxygénique pourrait précéder de plusieurs centaines de millions d'années son empreinte atmosphérique, mais chacun de ces indices a été contesté.
Il y a environ 1,9 à 1,5 milliard d'années (les estimations moléculaires divergent), une cellule eucaryote hétérotrophe ingère une cyanobactérie sans la digérer. La bactérie captive devient un organite, le plaste, entouré de deux membranes et conservant un petit génome propre. Cet événement, l'endosymbiose primaire, fonde le groupe des ArchéplastidesClade réunissant glaucophytes, algues rouges et plantes vertes, issu de l'endosymbiose primaire., qui réunit trois lignées : les glaucophytes, les algues rouges (Rhodophytes) et les plantes vertes au sens large (Viridiplantae). Qu'une telle capture soit possible est confirmé par un cas indépendant et bien plus récent : l'amibe Paulinella chromatophora a domestiqué une autre cyanobactérie il y a environ 100 millions d'années [7].
Le plus ancien fossile attribuable avec confiance à un eucaryote photosynthétique est Bangiomorpha pubescens, une algue rouge filamenteuse des schistes de l'île Somerset (Arctique canadien), longtemps datée de 1,2 Ga et redatée à 1 047 ± 17 Ma par la méthode rhénium–osmium [4] [5]. Ses filaments montrent déjà une différenciation cellulaire et des structures interprétées comme le produit d'une reproduction sexuée. Du côté des algues vertes, Proterocladus antiquus (Chine du Nord, ~1 Ga) est une chlorophyte pluricellulaire ramifiée [6].
Au sein des Viridiplantae, deux lignées divergent tôt : les Chlorophytes (la majorité des algues vertes actuelles, marines ou d'eau douce) et les Streptophytes. Ces derniers regroupent les algues charophytesAlgues vertes d'eau douce apparentées aux plantes terrestres ; ensemble paraphylétique. — un ensemble paraphylétique d'algues d'eau douce, de l'unicellulaire Mesostigma aux characées à la morphologie complexe — et les plantes terrestres. Les analyses phylogénomiques des années 2010 ont produit un résultat inattendu : le groupe frère des plantes terrestres n'est pas la lignée charophyte la plus complexe (Characées ou Coleochaetophycées), mais les Zygnematophycées, algues filamenteuses ou unicellulaires d'apparence simple, dont fait partie la spirogyre [8] [9]. Leur simplicité serait donc secondaire. Le génome de zygnematophycées subaériennes (Spirogloea, Mesotaenium) a révélé en 2019 des gènes acquis par transfert horizontal depuis des bactéries du sol — dont les facteurs de transcription GRAS et les récepteurs PYL de l'acide abscissique, impliqués chez les plantes dans la réponse à la sécheresse —, ce qui suggère que l'ancêtre commun des Zygnematophycées et des plantes terrestres vivait déjà dans des milieux humides mais exposés à l'air [10].
L'oxygénation de l'atmosphère a une conséquence indirecte majeure pour la suite : la formation d'une couche d'ozone stratosphérique, qui filtre le rayonnement ultraviolet et rend les surfaces émergées habitables. Sans elle, la sortie des eaux racontée au chapitre suivant aurait été autrement plus difficile.
Repères
- ≥ 2,4 GaGrande Oxydation : la photosynthèse oxygénique des cyanobactéries est établie (origine possiblement antérieure, 3,0–2,7 Ga, contestée).
- ~1,9–1,5 GaEndosymbiose primaire (estimations moléculaires) ; naissance des Archéplastides.
- ~1,05 GaBangiomorpha pubescens, plus ancien eucaryote photosynthétique identifié (algue rouge).
- ~1,0 GaProterocladus antiquus, algue verte pluricellulaire (Chlorophytes).
- ~1 000–539 MaNéoprotérozoïque : diversification des algues vertes d'eau douce (Streptophytes) ; glaciations globales dites « Terre boule de neige » (~717–635 Ma).
Ce qui reste débattu
- L'âge de la photosynthèse oxygénique. Les biomarqueurs (2-méthylhopanes) qui la faisaient remonter à 2,7 Ga se sont révélés être des contaminants ; les arguments géochimiques antérieurs à 2,4 Ga restent indirects.
- La date et le milieu de l'endosymbiose primaire. Selon les jeux de gènes et les calibrations, les estimations vont de 2,1 à 1,5 Ga ; une origine en eau douce plutôt que marine a été proposée [7].
- L'ordre de divergence des trois lignées d'Archéplastides (glaucophytes, algues rouges, plantes vertes), non résolu de façon stable.