Coudre un sac cabas en tissu, de A à Z

Un guide pas à pas, avec le patron coté, les calculs de coupe expliqués et les gestes techniques, pour reproduire ce cabas imprimé léopard à fond en suédine.

Niveau : débutant à l’aise Temps : 3 à 4 h Taille finie : 40 × 30 × 12 cm
Sac cabas en toile imprimée léopard, fond en suédine rose pâle et anses en sangle de coton écru, posé sur un canapé.
Le modèle de référence : toile imprimée matelassée, bande de fond en suédine, anses en sangle de coton.

1. Anatomie du sac

Avant de couper quoi que ce soit, il faut comprendre comment le sac est construit. Le modèle photographié est un cabas à fond plat dit « à soufflets » (ou « boxed corners » en anglais) : l’extérieur est un seul grand rectangle plié en deux, dont on pince les angles du bas pour créer l’épaisseur. Quatre familles de pièces le composent.

Anses (sangle) Corps imprimé Bande de fond Doublure
Les anses
Deux longueurs de sangle de coton de 30 mm, fixées par une couture en rectangle croisé, à portée de main (hauteur de tombé d’environ 22 cm).
Le corps imprimé
Toile de coton imprimée, doublée d’une ouatine fine et matelassée par des surpiqûres verticales tous les 8 cm : c’est ce qui donne la tenue et le relief visibles sur la photo.
La bande de fond
Une seule bande de suédine qui passe sous le sac et remonte de 10 cm sur chaque face. Elle protège la zone la plus exposée à l’usure et donne une base rigide.
La doublure
Un rectangle de coton uni, coupé aux mêmes dimensions que l’extérieur, assemblé séparément puis réuni à l’extérieur par le haut.

2. Matériel et fournitures

Les quantités ci-dessous correspondent à la taille de référence (40 × 30 × 12 cm) pour un tissu en 140 cm de laize. Le calculateur de la section 3 les recalcule pour d’autres dimensions.

FournitureQuantitéPrécisions
Toile de coton imprimée50 cmToile moyenne, 200 à 300 g/m². Un sergé ou un canvas léger convient ; évitez la popeline, trop fine.
Suédine (daim synthétique)40 cmMicrofibre polyester, 300 à 400 g/m². Sans sens de direction marqué, mais vérifiez le reflet du poil.
Coton uni pour doublure80 cmPopeline ou cretonne. Prenez-le dans une couleur contrastante : plus facile de trouver ses affaires.
Ouatine fine80 cmMolleton polyester 100 à 150 g/m², ou thermocollant (type Vlieseline H630) pour un matelassage sans bâti.
Sangle de coton 30 mm1,30 mDeux anses de 60 cm plus marge. Choisissez un tissage serré : une sangle lâche s’effiloche aux extrémités.
Fil polyester1 bobineFil tous textiles n° 100. Pour les surpiqûres visibles, un fil épais n° 30 donne un relief plus net.
Aiguilles machine90/14 et 100/16Universelle 90 pour la toile ; 100 ou « jeans » pour traverser les épaisseurs à la fixation des anses.
Pinces de coutureune vingtaineIndispensables pour la suédine, que les épingles marquent définitivement.

Ajoutez à cela l’équipement de base : règle de patchwork ou grand réglet, cutter rotatif ou bons ciseaux, craie tailleur, fer à repasser et pattemouille, découd-vite.

3. Patron et calculs de coupe

Le patron se résume à des rectangles, donc inutile de l’imprimer : on le trace directement sur le tissu. Tout repose sur trois mesures finies choisies par vous — la largeur L, la hauteur H et la profondeur P — plus la hauteur de la bande de fond b et la marge de couture m.

Les formules, et pourquoi elles sont justes

L’extérieur du sac est un rectangle unique, plié en deux au niveau du fond. Développé à plat, il doit mesurer :

  • largeur = L + P + 2m : chaque face fait L de large, mais les angles pincés « empruntent » P/2 de chaque côté pour former les parois latérales, d’où L + P, plus une marge de couture à chaque bord ;
  • hauteur = 2H + P + 2m : deux hauteurs de face, plus la largeur du fond, plus une marge en haut de chaque face pour l’assemblage à la doublure. Les côtés sont fermés par une couture, donc la hauteur ne comporte pas de marge sur ses bords latéraux.

Ce rectangle est découpé horizontalement en trois : deux panneaux imprimés en haut et en bas, une bande de suédine au milieu (qui sera le fond). Chaque ligne de découpe ajoute une marge m de chaque côté de la ligne, d’où les hauteurs ci-dessous.

Les soufflets sont obtenus en évidant, aux deux angles du bas du rectangle plié, un carré de côté P/2 mesuré depuis la ligne de pliure et depuis la ligne de couture latérale. Comme on coupe depuis le bord du tissu, le carré réellement découpé mesure donc P/2 + m dans le sens de la largeur et P/2 dans le sens de la hauteur.

Pièces à couper

    Les métrages supposent une laize de 140 cm et une toile sans raccord de motif. Pour un imprimé directionnel, ajoutez 10 à 15 %.

    Tracer et couper proprement

    Tracez sur l’envers, dans le droit-fil (parallèle à la lisière) : un sac coupé en biais se déforme à l’usage. Pour la suédine, tracez à la craie ou au stylo effaçable à la chaleur, jamais au crayon, et coupez au cutter rotatif pour éviter les bords dentelés. Marquez d’un petit cran, dans la marge, le milieu de chaque grand côté : il servira de repère d’alignement entre extérieur et doublure.

    4. Les étapes de couture

    Durées indicatives pour une personne qui a déjà utilisé une machine. Réglage de base : point droit, longueur 2,8 à 3 mm pour l’assemblage, 3,5 mm pour les surpiqûres visibles.

    1

    Matelasser les panneaux imprimés

    30 min

    Posez chaque panneau imprimé sur son morceau d’ouatine (coupé 2 cm plus grand tout autour), bâtissez ou thermocollez. Tracez des lignes verticales tous les 8 cm en partant du milieu, puis piquez-les en allant toujours dans le même sens, du haut vers le bas, pour éviter que les couches ne se décalent. Recoupez ensuite l’ouatine à la taille exacte du panneau.

    Pourquoi partir du milieu : une surpiqûre pousse légèrement le tissu devant le pied. En piquant du centre vers les bords, l’excédent se répartit symétriquement au lieu de s’accumuler sur un seul côté.

    2

    Assembler la bande de fond aux panneaux

    20 min

    Endroit contre endroit, épinglez (avec des pinces) le bord haut de la bande de suédine contre le bord bas d’un panneau imprimé. Piquez à m du bord. Faites de même avec le second panneau sur l’autre bord de la bande. Vous obtenez un grand rectangle : imprimé – suédine – imprimé.

    Ouvrez les coutures et couchez les marges vers la suédine (plus épaisse, elle « porte » mieux la couture). Surpiquez sur l’endroit, sur la suédine, à 3 mm de la couture : cela aplatit l’assemblage et renforce la jonction la plus sollicitée du sac.

    3

    Fixer les anses

    20 min

    Sur chaque panneau, marquez deux repères à 10 cm du bord latéral (hors marge), soit 20 cm d’écart. Placez les extrémités de la sangle sur ces repères, bord de la sangle au ras du haut du panneau, l’anse pendant vers le bas du sac (elle sera retournée vers le haut au montage final). Vérifiez que la sangle n’est pas vrillée.

    Bâtissez à 5 mm du bord haut. La fixation définitive se fera en rectangle croisé après le retournement (étape 8), quand toutes les épaisseurs seront en place.

    Brûlez légèrement les extrémités de sangle au briquet si elle contient du polyester ; si elle est 100 % coton, surfilez-les, la flamme ne fera que noircir les fibres.

    4

    Fermer les côtés de l’extérieur

    10 min

    Pliez le rectangle en deux, endroit contre endroit, la bande de suédine à la pliure. Faites coïncider exactement les coutures imprimé/suédine des deux faces : c’est le détail qui distingue un sac soigné. Piquez les deux côtés à m du bord, en commençant par le haut.

    5

    Former les soufflets

    15 min

    Aux deux angles du bas, découpez le carré calculé à la section 3 (P/2 + m de large, P/2 de haut). Ouvrez chaque angle en faisant coïncider la couture latérale avec la ligne de pliure du fond : le bord évidé forme une ligne droite. Piquez-la à m du bord, en passant deux fois sur les 2 cm centraux, là où se superposent le plus d’épaisseurs.

    Vérification : la longueur de cette couture, hors marges, doit être égale à P. Si elle en est éloignée de plus de 5 mm, la pliure et la couture latérale ne sont pas alignées.

    6

    Coudre la doublure

    15 min

    Répétez les étapes 4 et 5 avec le rectangle de doublure, à une différence près : sur l’un des deux côtés, laissez une ouverture de 15 cm non cousue, à mi-hauteur, en bloquant bien les extrémités par des points d’arrêt. C’est par là que le sac sera retourné.

    Vous pouvez ajouter une poche plaquée sur la doublure avant de fermer les côtés : un rectangle de 18 × 16 cm, ourlé en haut, piqué sur trois côtés au centre d’une face.

    7

    Assembler extérieur et doublure

    15 min

    Retournez l’extérieur sur l’endroit, laissez la doublure sur l’envers. Glissez l’extérieur à l’intérieur de la doublure : ils sont maintenant endroit contre endroit, les anses prises en sandwich entre les deux. Alignez les coutures latérales et les crans du milieu, posez des pinces tout autour du haut.

    Piquez tout le tour à m du bord. Au passage des anses (quatre épaisseurs de sangle plus toile, ouatine et doublure), ralentissez et, si la machine peine, tournez le volant à la main.

    8

    Retourner et fermer

    20 min

    Retournez le sac par l’ouverture laissée dans la doublure. Dégagez bien les angles avec un tourne-angle (pas avec la pointe des ciseaux). Fermez l’ouverture au point invisible à la main, ou à la machine au ras du bord pour aller plus vite.

    Enfoncez la doublure dans le sac, roulez le bord supérieur entre les doigts pour que la couture d’assemblage soit exactement sur l’arête, repassez (en protégeant la suédine, voir section 5). Surpiquez le tour du haut à 5 mm du bord : cela bloque la doublure et donne la finition nette visible sur la photo.

    Terminez par la fixation définitive des anses : un rectangle de 3 × 4 cm piqué à travers toutes les épaisseurs, traversé par une croix. Cette couture reprend la totalité de la charge ; faites-la avec l’aiguille 100.

    5. Travailler la suédine

    La suédine est une microfibre de polyester grattée. Elle a trois particularités qui modifient les gestes habituels.

    Elle garde la trace des épingles

    Chaque trou d’épingle reste visible dans le velours. Utilisez des pinces, ou, à défaut, n’épinglez que dans la marge de couture. Pour le même motif, découdre une piqûre laisse des traces : faites un essai sur une chute avant toute surpiqûre décorative.

    Elle colle sous le pied de biche

    Le poil freine le pied-de-biche métallique et produit des points irréguliers. Trois remèdes, du plus simple au plus efficace : réduire la pression du pied si votre machine le permet, coudre avec une feuille de papier de soie que l’on déchire ensuite, ou monter un pied téflon ou un pied à double entraînement.

    Elle ne supporte pas le fer direct

    Le polyester fond entre 230 et 260 °C, mais le poil s’écrase et lustre bien avant, dès 150 °C. Repassez toujours sur l’envers, fer à température « synthétique » (une étoile), à travers une pattemouille sèche, sans appuyer. Pour raviver un poil écrasé, passez le sac à la vapeur à distance puis brossez.

    Elle n’a pas de droit-fil, mais un sens de poil

    Tricotée sur une base jersey ou tissée selon les qualités, elle ne s’effiloche pas ; en revanche la couleur change selon l’orientation du poil. Coupez la bande de fond d’un seul tenant et notez le sens avec une flèche à la craie sur l’envers.

    6. Liste à cocher

    Cochez au fur et à mesure ; l’avancement est mémorisé dans ce navigateur.

    7. Questions fréquentes

    Faut-il vraiment laver les tissus avant de couper ?

    Oui pour la toile de coton et la doublure : un coton non lavé peut rétrécir de 3 à 5 % au premier lavage, ce qui déformerait le sac et ferait froncer la bande de suédine, elle, stable. La suédine et la sangle n’ont pas besoin de prélavage.

    Le sac s’affaisse, comment le rigidifier ?

    Trois niveaux : entoiler les panneaux avec un thermocollant tissé avant le matelassage ; glisser dans le fond une plaque de polypropylène ou de carton plastifié coupée à L × P et recouverte de doublure ; ou remplacer l’ouatine par un molleton thermocollant plus dense (type Vlieseline H640).

    Les coutures imprimé/suédine ne tombent pas face à face aux côtés.

    Elles ont glissé lors de la fermeture des côtés. Mettez une pince exactement sur la jonction, de chaque côté, avant toute autre, et commencez par piquer 3 cm de part et d’autre de ce point avant de piquer le reste du côté.

    Peut-on remplacer la suédine par du simili cuir ?

    Oui, avec les mêmes précautions (pinces, pied téflon) et une contrainte supplémentaire : le simili ne se repasse pas du tout. Ouvrez les coutures au doigt et fixez-les par surpiqûre. Le simili étant plus raide, réduisez la hauteur de bande à 6 ou 8 cm pour que le sac reste souple.

    Quelle longueur d’anses pour un port à l’épaule ?

    Comptez 65 à 70 cm de sangle par anse pour un tombé d’environ 28 cm, soit 1,50 m au total. Au-delà, le sac bat sur la hanche ; en deçà, l’épaule accroche.

    Comment adapter le patron à un fond rond ou ovale ?

    C’est une autre construction : le corps devient un rectangle de largeur égale au périmètre du fond + 2m, et le fond une pièce séparée. Les formules de cette page ne s’appliquent plus ; le principe des marges, lui, reste identique.